Présentation du Réseau 2

Le Réseau 2 a pour objet l’étude de la clinique telle qu’elle est produite en institution.
Il regroupe une trentaine d’institutions du champ de la santé mentale et/ou du handicap.

 

Origines

 

 

Le Réseau 2 est à l’origine une initiative de nos collègues du « Foyer de l’Equipe » pour marquer le départ en 2003 de leur responsable thérapeutique, Alfredo Zenoni. L’apport de ce dernier à la pratique institutionnelle n’est pas négligeable. Il a publié notamment, en 2009 chez Broché, « L’autre pratique clinique : Psychanalyse et institution thérapeutique ». Alfredo Zenoni a également marqué de sa présence les Journées d’étude du Réseau 2 et y a proposé plusieurs textes d’orientation et/ou d’introduction à celles-ci : vous les trouverez ici !


Objet


Le Réseau 2 est donc né de la rencontre entre les intervenants de diverses institutions désirant témoigner et mettre leur pratique à l’épreuve de la conversation. Au-delà des catégories et de la prise en compte des particularités du cas qui le rendent unique, c’est ce qui nous échappe, soit sa singularité, que nous voulons faire exister dans nos réflexions. Cet intérêt s’affirme malgré la grande variété des institutions qui composent ce réseau.

En effet, quel que soit le lieu de cette pratique, un hôpital psychiatrique ou un Service de Santé mentale, une Initiative d’Habitation Protégée ou une structure intermédiaire, résidentielle ou de jour, que cette institution soit généraliste ou spécialisée pour un monosymptôme, qu’elle accueille des enfants, des adolescents ou des adultes, les intervenants des institutions qui composent le Réseau 2 ont choisi de se laisser surprendre par la clinique, et d’en explorer la richesse infinie.


Méthode


Le Réseau 2 a pour méthode la conversation clinique.

Celle-ci peut être définie comme un dispositif qui permet de mettre en évidence la complexité du cas tout en interrogeant notre construction à partir de l’expérience clinique même. Ce faisant, elle est une interrogation continue de nos interventions et de nos résultats. Dans cette perspective, la conversation clinique, sorte d’inter-évaluation, constitue une modalité d’évaluation spécifique de notre pratique.

Le choix du cas, le recueil et la formalisation des éléments cliniques sont le fruit d’un travail à plusieurs, généralement d’une équipe. Qui plus est, chaque texte en cours de rédaction circule entre les auteurs et un comité de lecture constitué d’intervenants d’autres institutions du Réseau 2. De ce fait, ce texte devient l’objet d’échanges entre eux pendant plusieurs mois. La conversation ainsi entamée peut alors s’ouvrir aux participants à la Journée d’étude, ceux-ci y intégrant leurs questions, leurs contributions et leurs relances.


Orientation

 

Le Réseau 2 est avant tout orienté par les dires, les actes, la trajectoire de celles et ceux qui fréquentent nos institutions.

Afin d’en rendre compte, nous nous appuyons sur les découvertes de Freud, sur l’enseignement de Lacan et l’orientation qu’en a donné Jacques-Alain Miller quant aux modalités d’application de la psychanalyse dans les divers dispositifs institutionnels. 

La pratique en institution éclairée par la psychanalyse fait de l’intervenant, d’abord et avant tout, un chercheur, au sens où l’était Freud comme clinicien. Elle l’incite à construire le cas à partir de l’examen de la constellation familiale du sujet, de ses rapports à l’Autre, de son histoire, de ce qu’il dit, de ce qu’il fait et de ce qui nous échappe, de ce qui résiste à l’élucidation. Il nous importe dès lors de promouvoir pour le traitement un va-et-vient continu entre observation clinique et élaboration du cas.

Nous tentons ainsi de dégager la position du sujet, de prendre la mesure du réel en jeu pour lui et de mettre en évidence la manière dont il y répond, que cette réponse relève d’un choix plus ou moins délibéré ou qu’elle surgisse faute de mieux. Ce faisant, une éthique se dégage qui ne relève pas de la conformisation du sujet aux idéaux en vigueur.

Ceci n’est pas sans effet sur notre façon de concevoir l’accueil, la position de l’intervenant dans le transfert, l’accompagnement psychosocial, la prise en charge médicale. Cette orientation cherche à tenir compte autant que faire se peut de la dynamique propre à toute pratique clinique qui comporte une bonne part d’imprévisible et de non programmable.

Ces deux dimensions — la construction toujours incomplète du cas et les conséquences à en tirer — constituent les bases d’une pratique institutionnelle, orientée par la psychanalyse.

Ainsi orienté, le Réseau 2 se propose aussi comme une réponse politique au discours normatif qui déferle de plus en plus sur la psychiatrie et la santé mentale.

 

Thème


L’étude de cas lors de nos journées est systématiquement associée à une thématique. Celles qui ont été choisies présentent la particularité d’être pratiques et réalistes. Elles sont en phase avec l’actualité des préoccupations partagées par les institutions membres, mais aussi par de très nombreux intervenants du champ de ladite santé mentale.

  • « Symptôme et lien social » en 2004,

  • « Des réponses au transfert » en 2006

  • « Clinique du passage à l’acte » en 2008

  • « Clinique de la non-séparation » en 2010

  • « Réseaux et travail clinique » en 2012

  • « Les embrouilles du corps » en 2014

  • « Emotions, affects, passions, qu’en dire, qu’en faire ? » en 2016

  • « Destins du symptôme » – Les inventions et leurs limites » en 2018
  • « Interventions cliniques en institution – Les usages de la parole » en 2020

Ce sont d’abord des thèmes essentiellement cliniques, dans la mesure où ils nous invitent à resserrer la construction du cas autour de ce qui fait réellement difficulté au sujet :

  • l’absence ou la fragilité d’un symptôme, défini comme ce qui permet à un sujet d’être dans le lien social ;

  • un rapport à l’Autre dans lequel le sujet est le point de mire des intentions, souvent malveillantes, de l’Autre ;

  • un traitement réel par le passage à l’acte et ses éventuelles conséquences sur le corps, voire sur la vie elle-même.

Ce sont aussi des thèmes éminemment pragmatiques :

  • d’une part, parce qu’ils attirent notre attention sur des dimensions primordiales à prendre en compte dans le travail au quotidien : la nécessité pour chacun d’avoir un symptôme, un point d’appui ; la nécessité pour l’intervenant d’ajuster sa position dans le transfert ; la nécessité de mettre en œuvre des moyens qui empêchent ou limitent le risque de passage à l’acte ;

  • d’autre part, parce qu’ils permettent de saisir la fonction de l’institution pour le sujet : de venir en lieu et place d’un symptôme, d’être l’une des réponses au passage à l’acte.

Enfin, si le thème mis à l’honneur à l’occasion de la Journée d’étude vectorise chaque étude de cas, c’est le cas lui-même qui permet de réinterroger en retour les coordonnées du concept mis au travail et qui par là, amène à le remettre en cause, au sens noble du terme.